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25 Avril 2017 | 29, Nisan 5777 | Mise à jour le 25/04/2017 à 11h18

Rubrique Judaïsme

Parachath Vayéra : D’une histoire à l’autre

Crédit DR

Nous aurions tort de penser que le judaïsme est une philosophie linéaire et monolithique qui, depuis Avraham jusqu’au Machia’h, n’a connu aucune évolution. On doit se rappeler, en effet, que le judaïsme est une construction, ce qui sous entend à la fois que les étapes de l’histoire sont différentes les unes des autres et qu’Avraham ne ressemble pas tout à fait au Juif d’aujourd’hui.

Pour comprendre ce postulat, nous retiendrons deux épisodes du texte biblique. Le premier est celui qui introduit notre paracha : l’accueil par Avraham de trois invités. Le second est celui qui conclut la paracha, le sacrifice de Its’hak. Ces deux événements décrivent un point commun singulier. Dans ces deux situations, rien de concret ne se réalise : les anges ne mangent pas et Avraham ne sacrifiera pas son fils ! Mais détail extraordinaire, la Thora va mettre l’accent sur la préparation à l’acte. On verra Avraham courir, prendre le meilleur veau, la meilleurs farine et demander à Sarah de se presser pour offrir le meilleur à ses invités. De même pour le sacrifice : la marche vers le sacrifice et l’échange verbal entre Avraham et Its’hak s’étendent sur de nombreux versets mais au final, Avraham ne sacrifiera pas son fils.

Une priorité


Cette particularité repose sur un socle déterminant : le judaïsme des trois patriarches est d’ordre spirituel. Ils pratiquent le judaïsme avec leur intellect et leurs sentiments. L’action proprement dite n’a chez eux qu’un caractère secondaire qui n’est pas le repère essentiel de leur travail. A l’image d’un homme profondément joyeux qui se mettra à danser. Dans ce cas, la joie est dans sa tête ou son cœur, les pieds n’étant que l’expression secondaire de sa joie. Il en était de même pour les patriarches chez qui l’action était absente ou minime parce qu’elle n’était pas essentielle. Leur priorité était de construire une spiritualité. C’est la raison pour laquelle, dans les deux événements cités plus haut, l’accent est mis sur la préparation mentale à l’acte. Et cette précision permet de répondre à la question de nombreux commentateurs : si les anges n’ont pas mangé, Avraham a-t-il accompli le commandement de l’hospitalité ? En tenant compte de notre explication, notre réponse est oui car pour Avraham, l’action est secondaire par rapport à l’investissement spirituel et intellectuel qui est pour lui, une réalité fondamentale.

Malgré le manque


Mais près de quatre cent ans plus tard, avec la naissance du peuple juif, lors du don de la Thora, tout allait changer. A partir de ce jour, les données seront inversées : c’est l’action qui deviendra le repère essentiel. Il y a là, comme une préparation de la mitzva. Au départ, avec les patriarches, la conscience juive se forme, comme la tête au-dessus du corps. Puis quand les fondements du judaïsme sont acquis, l’action prend sa place puisqu’il s’agit de concrétiser les idées. Et comme on peut le voir depuis le don de la Thora, D.ieu ne retient que l’acte : si un Juif mange  30 grammes de Matza sans du tout penser à la valeur spirituelle de l’acte, la mitzva est (malgré ce manque) accomplie. Bien évidemment, cette valeur doit accompagner tous nos actes mais son absence ne l’invalide pas ! Comment expliquer le « Avant le don de la Thora » et le « Après le don de la Thora » ? En peu de mots, voici l’explication : du temps des patriarches, la spiritualité ne pouvait imprégner la matière. Donc, leur judaïsme ne s’exprimait que sur un palier spirituel. Lors du don de la Thora, D.ieu se révéla au monde. Ce dévoilement pénétra la matière faisant d’elle un réceptacle pouvant intégrer la spiritualité. C’est alors que l’acte prit toute son importance.

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