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21 Février 2017 | 25, Shevat 5777 | Mise à jour le 21/02/2017 à 11h43

Chabbat Michpatim : 18h08 - 19h16

Rubrique Monde juif

Franklin Rausky : Elie Wiesel, messager de l'humanisme et de l'universalité

Crédit DR

Les perpectives de la semaine par Franklin Rausky, Universitaire

La disparition du grand écrivain contemporain Elie Wiesel, témoin de la plus terrible et mortifère catastrophe de notre temps a donné lieu à de nombreuses manifestations d'hommage à cette figure exceptionnelle de la culture. Pourtant, ça et là, les voix critiques et les accusations se sont donné libre cours contre le célèbre lauréat du Prix Nobel de la Paix. Certains journalistes prétendus d'avant-garde n'ont pas manqué de lancer des flèches empoisonnées contre l'auteur de "La Nuit". Ces obscurs plumitifs accusent Wiesel d'avoir toujours eu une mémoire sélective : un souvenir intense et profond du drame vécu par le peuple juif entre 1939 et 1945, d'une part ; une amnésie totale en ce qui concerne les tragédies subies par d'autres populations de la planète au cours du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Comme si les Juifs étaient les seules victimes dignes de compassion dans l'histoire bouleversée et cruelle de la modernité. A cet argument, s'ajoute une accusation venue  de certains milieux de la mouvance panarabe et panislamique : Wiesel aurait montré un mépris et une indifférence remarquables à l'égard du peuple palestinien, victime de la terrible catastrophe ("naqba") née le 14 mai 1948 quand la création de l'Etat d'Israël aurait provoqué l'exil et le déracinement des habitants autochtones de la Terre Sainte.
   Un autre réquisitoire provient des milieux négationnistes et ouvertement antisémites européens. Selon ce discours inspiré par la doxa de Faurisson et de Rassinier, Wiesel serait purement et simplement un mystificateur, un faussaire, bref l'artisan majeur de la fabrication d'un narratif chimérique sur la prétendue extermination des communautés israélites européennes au cours de la Seconde Guerre mondiale par les armées du IIIe Reich. D'autres personnages, au demeurant presque inconnus du grand public, affirment que Wiesel a tout simplement pris l'identité d'un prisonnier d'un camp allemand et a inventé une biographie héroïque à sa gloire. Dans certains cercles antisionistes, on prétend que Wiesel a défendu, sans l'ombre d'une réserve, la politique expansionniste et annexionniste de la droite israélienne la plus extrême. On aurait besoin de beaucoup de pages pour réfuter une à une ces accusations malveillantes. Signalons tout de même quelques points de repères incontestables : Wiesel a toujours souligné le devoir de mémoire de l'humanité tout entière à l'égard de toutes les persécutions contre toutes les populations du globe, depuis les Arméniens de l'Empire Ottoman jusqu'aux Africains des Grands Lacs ; Il a toujours prôné l'entente et la réconciliation entre Juifs et Musulmans et la paix entre Israéliens et Palestiniens.  Il a réfléchi aux voies pour le renouveau et pour la reconstruction d'une société planétaire vivante, pacifiée, constructive. Son message est celui de l'humanisme et de l'universalisme de la pensée juive, dans la lignée des prophètes d'Israël, des sages du Moyen-Âge et du hassidisme mais aussi des auteurs contemporains comme René Cassin, Martin Buber, Janus Korcacz et d'autres combattants pour les droits de l'homme, pour les libertés, pour la tolérance et pour la fraternité. Dans l'esprit wieselien, il s'agit d'édifier, sur les ruines d'une planète dévastée par des conflits meurtriers une civilisation inédite émergeant avec bonheur et créativité du gouffre ténébreux de la haine mortifère et de la persécution fanatique.

Leçon inaugurale du lundi 21 novembre 2016 à 19h30 par Haïm Korsia, grand rabbin de France : « Elie Wiesel, messager de l'humanisme et de l'universalité ». Institut Elie Wiesel :
119 rue la Fayette 75010 Paris.

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