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23 Avril 2017 | 27, Nisan 5777 | Mise à jour le 21/04/2017 à 12h34

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Castro, ce fidèle ami des Palestiniens

Le terroriste Yasser Arafat et le dictateur Fidel Castro étaient devenu intimes. (Corbis)

Après une méconnue entente dans les premières annéespost-révolutionnaires, le leader cubain, mort la semaine dernière, s’est imposé comme un pourfendeur invétéré de l’Etat d’Israël.

«Le départ du camarade, du dirigeant, de l’ami, du grand révolutionnaire, du patriote et du nationaliste Fidel Castro est une grande perte pour toutes les forces révolutionnaires et nationalistes dans le monde ». À l’instar d’autres responsables palestiniens, le secrétaire général du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), Nayif Hawatmeh, n’a pas lésiné sur les qualificatifs élogieux pour regretter la mort du lider maximo, décédé le 26 novembre, à l’âge de 90 ans. Le père de la révolution cubaine aimait se présenter comme l’ami du peuple palestinien et goûtait aux surenchères pour le clamer, comme dans cette tribune d’août 2014 où il dénonçait « l’holocauste palestinien à Gaza », version contemporaine selon lui du « génocide des nazis contre les juifs ». Les premières années de la République socialiste cubaine furent pourtant marquées par une relative proximité avec Jérusalem.
Dans la foulée de la prise de pouvoir révolutionnaire, le 1e janvier 1959, Fidel Castro reconnaît l’Etat d’Israël qui ouvre alors un bureau diplomatique à La Havane. L’esprit pionnier du jeune Etat juif, né onze ans plus tôt, l’inventivité de son modèle social, autour du kibboutz, et son isolement géopolitique parlent à la grammaire politique de l’île soulevée. Certes appauvrie au sein d’une société où les libertés se restreignent, la minorité juive qui consent à rester dans le pays bénéficie d’une certaine tolérance religieuse. Sur le plan économique, les échanges cubano-israéliens se développent dans le domaine de l’agriculture et de l’ingénierie, même si la discrétion est de mise.
Au premier ambassadeur israélien envoyé à La Havane après 1959, Shlomo Lvav, le chef révolutionnaire expliquera que les destins des deux Etats sont similaires, chacun devant résister à un ennemi qui veut sa perte, le monde arabe pour Israël, les Etats-Unis pour Cuba. Le deuil officiel décrété en avril 1963 à la mort du président israélien Itshak Ben Zvi met en rage les alliés arabes de Cuba, l’Algérie de Ben Bella en tête, note l’historien Jorge Perez-Lopez, dans un article paru en 1994 dans la revue Cuban Studies.

Rupture en 1973

Tout à ses ambitions de chef de file des non alignés, Fidel Castro va néanmoins progressivement durcir sa position. La logique de guerre froide, qui classe les deux Etats dans des camps antagonistes, se met en branle. Cuba condamne l’ « agression » israélienne lors de la guerre des Six Jours, en juin 1967. Son ambassadeur à l’Onu évoque, le 27 juin, une attaque « à la manière nazie ». Les condamnations de la politique israélienne seront désormais la règle. Dans la coulisse, Castro considère l’attitude de Moscou à l’égard de ses alliés arabes comme une nouvelle « capitulation » après l’épisode de la crise des missiles en 1962. Dans Sad and Luminous Days, un livre paru en 2007 sur la relation de Cuba avec les superpuissances (non traduit), James Blight et Philipp Brenner citent des archives cubaines dévoilant un Castro refusant pourtant de couper les ponts avec Israël, malgré l’insistance du président du conseil des ministres de l’URSS, Alexis Kossyguine. « Rompez d’abord avec les Etats-Unis » lance-t-il, en substance, à son homologue soviétique.
La rupture interviendra six ans plus tard. Des soldats cubains sont aéroportés par Moscou pour assister les Syriens sur le Golan, en octobre 1973. Le dictateur Castro se vante d’être le héraut de la lutte anti-impérialisme dont il fait d’Israël le fer de lance au Moyen-Orient. Il devient intime de Yasser Arafat, un « homme que nous aimons et admirons ». Il reçoit le leader de l’OLP pour la première fois, avec grand faste, en 1974. Dix ans plus tôt, Cuba avait été l’un des premiers pays à reconnaître l’organisation terroriste. Des miliciens palestiniens sont envoyés en formation militaire sur l’île ; plus tard, des étudiants en médecine ou en ingénierie rejoindront les universités cubaines.
 En 1975, Cuba co-sponsorise la résolution infâme, voté à l’ONU, assimilant le sionisme à un racisme ; Castro s’opposera à sa révocation en 1991. Dans la même enceinte, en 1979, il accusera l’Etat hébreu de « génocide ». Si des contacts indirects sont repris avec des représentants israéliens à partir de la fin des années 1980, sa verve antisioniste ne se démentira pas. A la conférence de Durban, en 2001, il demande au représentant cubain d’appeler « à mettre un terme au génocide en cours contre le peuple palestinien ». « La croix gammée du Führer semblerait être le drapeau aujourd’hui d’Israël » fulmine-t-il en 2010 dans un billet publié dans la presse locale. En 2014, Castro versera dans le complotisme en accusant le Mossad d’être à l’origine de l’Etat islamique. A la veille de ses quatre-vingt dix ans, le vieil autocrate n’était plus à une outrance près.

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