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24 Février 2017 | 28, Shevat 5777 | Mise à jour le 23/02/2017 à 17h18

Chabbat Michpatim : 18h08 - 19h16

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Pierre Conesa : « Une logique de compétition entre Riyad et l’Etat islamique »

"Il n’y a pas besoin de faire voter une loi antisalafiste. Nous avons déjà des lois réprimant l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie, le sexisme" (Wikipedia).

Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, ce spécialiste de géopolitique consacre le premier essai à la diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite, « géniteur idéologique de Daech ».

Actualité Juive : La sortie du livre intervient à un moment particulier du débat public. Certains candidats à la primaire de la droite et du centre s’interrogent en effet sur la pertinence de notre alliance avec les Saoudiens.
Pierre Conesa :
Ce qui m’a étonné au début de ma recherche, c’est l’absence de débat en France sur notre relation avec l’Arabie Saoudite. Au début de son quinquennat, François Hollande annonçait : « le Qatar, c’est fini ; maintenant c’est l’Arabie Saoudite ». On a également avancé que des contrats de dix milliards de dollars étaient en cours de signature. Depuis que je m’occupe de ce pays, il y a toujours dix milliards en instance… Sur le plan international, les attentats ont, enfin, amené le débat politique à se focaliser sur le salafisme. Et quand on commence à parler de salafisme, on en revient inévitablement à évoquer l’Arabie Saoudite.

A.J.: De ce point de vue, Riyad serait-il plus dangereux que le Qatar ?
P. C. :
Le Qatar est un joueur de seconde division. Depuis sa naissance, le royaume saoudien finance une vision de l’islam raciste, sexiste, antisémite, homophobe, misogyne et sectaire. Ce n’est pas un islam synonyme de paix et d’amour mais un totalitarisme religieux.

A.J.: Vous relevez dans le livre la bataille sémantique pour diluer les responsabilités saoudiennes dans la diffusion mondiale de l’islam radical.
P. C. :
Quand on parle en France de salafisme, c’est pour éviter de parler de wahhabisme. Pourtant, les wahhabites se qualifièrent eux-même, dès la création du royaume saoudien, de salafistes… Ils fixèrent très vite une règle diplomatique que l’on retrouvera par la suite : la demande de la conversion forcée des chiites du royaume. Ce tropisme anti-chiite est l’une des bases de leur conception totalitaire de l’islam.

A.J.: La proximité de Paris avec Riyad se justifie-t-elle par l’action saoudienne contre le terrorisme islamique ?
P. C. :
Au moment de sa mise en place, la coalition internationale contre Daech comptait dix pays de l’Otan (plus l’Australie) et cinq pays arabes. Dès que l’Arabie Saoudite est intervenue au Yémen, tous les pays arabes se sont retirés. Aujourd’hui il n’y a plus que des forces aériennes occidentales qui se battent contre Daech alors que l’Arabie Saoudite, à l’origine du phénomène, aurait dû se démener dans ce combat. Par peur que sa propre société ne comprenne pas que l’on bombarde un système qui est exactement de même nature que ce qu’elle applique chez elle, l’Arabie Saoudite préfère viser les chiites au Yémen parce que ça fait consensus. Autrement dit, on n’est pas dans une logique de confrontation entre Riyad et Daech mais une logique de compétition pour taper sur les chiites.

A.J.: Dans “Petit manuel à l’usage des djihadistes” (Fayard, 2016), vous appeliez à la fermeture sans ménagement des mosquées salafistes. Qu’est-ce qui empêche les politiques de prendre de telles dispositions ?
P. C. :
Il n’y a pas besoin de faire voter une loi antisalafiste. Nous avons déjà des lois réprimant l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie, le sexisme. Il suffit de les appliquer. Mais la gauche s’est toujours fait des nœuds au cerveau en invoquant le respect des cultures locales. Il peut exister localement des mosquées salafistes sans lien avec le terrorisme. Mais ce qui compte ce sont les quartiers salafisés dans lesquels des personnes ayant parfois le statut de réfugié politique, notamment à la suite des années sombres en Algérie, ont diffusé un discours salafiste à partir des années 1970-1980. Elles ont formé des ghettos qui sont à l’origine de tous les attentats. On parle parfois de salafisme quiétiste. De mon point de vue, c’est comme se demander si Hitler était fondamentalement antisémite avant 1934… On sait très bien que si ces personnes étaient au pouvoir, elles appliqueraient ce qu’elles disent.

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