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17 Janvier 2017 | 19, Tevet 5777 | Mise à jour le 17/01/2017 à 19h30

Rubrique Culture/Télé

Confidences diplomatiques

C’est souvent le sentiment d’un bilan contrasté qui sanctionne les années Fabius (2012-2016) à la tête des Affaires étrangères.

Laurent Fabius, ministre en activité, n’a pris aucune note mais en quittant le lieu, il s’est dit qu’il serait bien dommage que le patron ne lègue pas à la postérité le récit de la politique extérieure de la France durant ces années. Toute la difficulté a sans doute consisté à faire la part entre le manifeste pro domo et la volonté légitime de l’auteur d’expliquer rétrospectivement ses décisions, de justifier ses engagements et de défendre ses convictions. Peut-être est-ce le sens à donner à la dernière phrase de l’introduction évoquant un « pari risqué » laissé au jugement des lecteurs.
Ceux de la communauté juive auront du mal à brider leurs a priori tant la seule évocation du Quai d’Orsay ravive les rancœurs, de l’époque Couve de Murville à l’abstention récente de la France lors du vote de l’Unesco. Voilà longtemps que le tropisme idéologique de la diplomatie française et ses « formulations malheureuses » ne font pas du Quai un ami d’Israël. L’époque Fabius n’a pas infléchi la position française dans le traitement du conflit israélo-palestinien. Si le député de Haute-Normandie avait chaleureusement répondu aux questions d’Actualité Juive à la parution de son livre sur l’art (« Le cabinet des douze » Gallimard, 2010), il a cette fois décidé de ne pas donner suite à notre demande d’interview. À défaut de réponses sur des questions précises, il faudra s’en tenir aux analyses et aux souvenirs consignés dans un ouvrage qui claironne surtout l’indépendance farouche de la France, notamment sa volonté d’obtenir un « accord robuste » sur le nucléaire iranien. S’il n’apporte rien de nouveau sur les thèmes abordés - l’accord de Paris sur le changement climatique, la Syrie, l’Ukraine, l’Europe, la menace terroriste…- le récit, menacé d’obsolescence après l’élection de Donald Trump et par celles, à venir, des élections françaises, - a cela d’intéressant qu’il donne, vus de l’intérieur, une idée des jeux de négociations et des subtilités qui président aux balais diplomatiques.

Laurent Fabius, « 37 Quai d’Orsay », Plon, 192 pages, 17,90 euros

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