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21 Février 2017 | 25, Shevat 5777 | Mise à jour le 21/02/2017 à 11h43

Chabbat Michpatim : 18h08 - 19h16

Rubrique France

Quand le KGB manipulait la communauté juive française

Vassili Mitrokhine (DR)

Des documents provenant des archives des services secrets de l'ex-URSS détaillent une opération contre le Congrès Juif Mondial à Paris en 1972.

Le KGB - les redoutables services secrets soviétiques - s'intéressaient de près à la communauté juive et aux organisations sionistes françaises. C'est ce que révèlent des documents issus des archives de Vassili Mitrokhine récemment rendus publics à Londres. En 1992, cet archiviste du KGB avait fait défection en gagnant l'Angleterre avec une masse considérable de documents. Sur la base des dernières pièces déclassifiées par les autorités britanniques, le quotidien israélien Yedioth Aharonoth a fait le récit d'une opération qui en janvier 1972 avait visé les bureaux parisiens du Congrès Juif Mondial (CJM).
A cette époque, les soviétiques nourrissaient une paranoïa toute particulière à l'égard de tout ce qui se rapportait à Israël, au monde juif et au sionisme. Le KGB redoutait les campagnes d'opinion menées en Europe en faveur des Juifs d'URSS afin de leur permettre d'émigrer en Israël. Décision fut ainsi prise au plus haut niveau des services secrets communistes, dirigés à l'époque par Youri Andropov, d'infiltrer la communauté juive française afin de se livrer à des opérations de déstabilisation et de désinformation.
Selon un procès-verbal très détaillé retrouvé dans les archives de Mitrokhine, un agent du KGB dont le nom de code était "Chub" (mèche, en russe) avait procédé le 12 février 1972 à un repérage des locaux du CJM, situés sur les Champs-Elysées. L'espion qui venait du froid avait été frappé par l'indigence des mesures de sécurité et l'absence de gardien de nuit. Un soir, Chub s'était introduit dans les bureaux. Il avait passé la nuit à photocopier le fichier des 20 000 adhérents français, avec leurs noms et leurs adresses, ainsi que la liste des donateurs. Ces documents avaient été transmis à Moscou. Un an plus tard, le 4 janvier 1974, le KGB avait lancé l'opération baptisée "Simon". Objectif : déstabiliser le CJM et à travers lui toute la communauté juive et les réseaux "sionistes". Des faux papiers à en-tête du CJM, de faux documents comptables avaient été adressés aux adhérents laissant supposer que d'importantes sommes d'argent versées par les donateurs avaient été détournées au lieu d'être envoyées en Israël. Les faux, forgés par le KGB, faisaient apparaître des malversations analogues dans les comptes de la Wizo et de l'Agence Juive. Ces courriers de dénonciation émanaient d'une mystérieuse organisation, "L'Union des Jeunes Sionistes", qui prétendait vouloir alerter la communauté des turpitudes de ses dirigeants.
Interrogé par le Yedioth Aharonoth, un ancien responsable du CJM, se souvient encore aujourd'hui de cette période. « Nous avons vécu des jours assez pénibles. Nous avions bien le sentiment que quelqu'un voulait nous nuire. Mais nous ne savions pas qui. Les services secrets français ? Une organisation juive concurrente ? Le KGB faisait partie aussi de nos hypothèses », explique ce dirigeant dont le nom n'a pas été indiqué par le journal israélien. L'opération de déstabilisation des soviétiques comportait la diffusion d'autres rumeurs. Parmi celles-ci, une "piste israélienne" dans le meurtre (inexpliquée jusqu'à ce jour) en octobre 1973 de Marie-Catherine Giscard d'Estaing, une parente du futur président de la République. En pleine "guerre de Kippour", cette rumeur voulait faire accroire que le meurtre avait été perpétré par le Mossad pour punir la France de sa politique pro-arabe. « Il faut réaliser à quel point les soviétiques étaient obsédés par la "subversion sioniste" qu'ils accusaient de déstabiliser leur pays », explique le Pr Christopher Andrew, un historien britannique spécialiste de l'histoire du renseignement, cité par le Yedioth Aharonoth. « Tout cela peut sembler ridicule aujourd'hui. Ces opérations de déstabilisation n'ont pas vraiment porté leurs fruits ».
Quinze ans plus tard, l'empire soviétique s'effondrait permettant à plus d'un million de Juifs de l'ex-URSS de gagner Israël. 

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