Default profile photo

17 Janvier 2017 | 19, Tevet 5777 | Mise à jour le 17/01/2017 à 19h30

Rubrique Judaïsme

Parachath Vayétsé : Face aux rigueurs du monde

Crédit DR

Comment un homme doit-il réagir face au monde et à ses turbulences ? Comme réponse à cette question, les sociétés occidentales et orientales de ce début de siècle ont choisi de briser toutes les limites imposées par les siècles précédents : les conflits individuels et collectifs se multiplient, la morale est en faillite et plus personne n’a peur d’afficher ses choix alors qu’il y a à peine cinquante ans la retenue était de mise. Le modèle de vie que nous offre Yaakov, le troisième patriarche, au début de notre paracha, va à contre-courant de ces tendances. Il mettra en valeur une vertu capitale pour donner un sens à l’existence.

Pour partir se marier chez Lavane, son oncle, Yaakov quitte ses parents et Beer Chéva. Mais avant de s’y rendre, il décide de rester 14 ans dans la yéchiva de Ever (1). Citant le Midrach, Rachi nous apprendra que durant cette période, il ne se coucha jamais du fait qu’il se consacra continuellement à l’étude de la Thora. A l’issue de cette période, il prend la route et la tombée soudaine de la nuit l’oblige, là, à se coucher dans un lieu d’une grande sainteté puisqu’il sera l’emplacement du (futur) Temple. Les commentateurs s’étonnent : durant 14 ans il ne s’est jamais couché et là, dans le lieu, sans doute le plus saint du monde, il se couche ! Il est vrai, reconnaissent-ils, que Yaakov ne le savait pas mais la question n’en devient que plus grande : Pourquoi D.ieu lui imposa t-il la contrainte de dormir ici ?

Au-dessus du cœur


Le fait d’être couché est perçu par nos Maîtres comme une chute spirituelle. Lorsqu’un homme est debout, il exprime, par cette position, la grandeur de l’homme puisque la tête, le siège de la pensée, est au dessus de tous les autres membres, notamment, le cœur, lieu et moteur de toutes les impulsions et de tous les sentiments. Cette hiérarchie le distingue, alors de l’animal. Mais quand il est couché, la tête est au même niveau que les pieds et dans une telle position, il perd sa spécificité. Plus encore, la partie supérieure de l’homme symbolise la spiritualité qui doit diriger la partie inférieure de l’homme qui évoque la matérialité. Mais quand il est couché la confusion s’installe rapidement entre ces deux mondes et là, toutes les dérives sont possibles.

Sa protection

Toutefois pour un Tsaddik, un Juste, cette position peut signifier autre chose. Dans notre monde où tout est relatif et défini par des mesures et par une échelle de valeurs, le Haut et le Bas existent, comme le Bien et le Mal. Mais pour D.ieu, au-delà de toutes limites et bien plus loin que l’infini, tout est identique à Ses yeux : il n’y a chez Lui ni haut ni bas ! (2) Dès lors, on comprend, quand Yaakov se couche, qu’il exprime un degré d’attachement à D.ieu très élevé par la forme de soumission la plus totale. A travers elle, il prouve qu’il n’est rien et que chez lui tout est égal, la tête comme les pieds. Il se hisse alors au degré de la vision même de D.ieu ! C’est pourquoi, il se coucha précisément dans le lieu (futur) du Temple : dans le lieu le plus saint du monde, il exprime sa plus grande soumission au Créateur. Nous avons là le point de rupture entre le judaïsme et toutes les conceptions de l’existence qui parcourent les sociétés modernes : il est vrai que nous sommes dans un rapport de force avec le monde mais la lutte ne doit pas être frontale. Yaakov nous enseigne qu’il faut avant tout se soumettre à D.ieu pour bénéficier de Sa protection et de Sa lumière afin qu’Il affaiblisse les rigueurs du monde. Le paramètre est simple : en tant qu’humains, nous sommes perdants face au tumulte du monde mais si l’on s’attache à D.ieu, Il sera notre aide et notre secours pour que nous puissions imposer au monde la spiritualité.

Notes
(1)  Un descendant de Noa’h
(2) Mais quand D.ieu s'abaisse (par amour) au niveau de Son peuple, ces valeurs prennent de l'importance

Powered by Edreams Factory