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17 Janvier 2017 | 19, Tevet 5777 | Mise à jour le 17/01/2017 à 19h30

Rubrique Judaïsme

Rav Ackermann : «Il est regrettable que le commerce impose sa marque au vécu des familles »

(DR)

Le rav Jacques Ackermann dirige la communauté CCAL des Lilas et enseigne la Torah et l'histoire juive à l'école Lucien de Hirsch. Nous lui avons demandé ce qu'il pensait de l'intégration d'éléments liés à Noël dans les habitudes de certains juifs au moment de Hanouka.

Actualité Juive : Que pensez-vous de certaines modes actuelles comme les kipot aux couleurs du père Noël ou les bûches de Hanouka ? En Amérique on parle même de « Chrisnouka ».
Jacques Ackermann :
Je connais mal l'Amérique et il me semble que la culture religieuse de ce pays est très différente de celle de la France. Mais si on parle des juifs de France, j'observe autour de moi assez peu de volonté d'imiter Noël. De deux choses l'une : ou bien Noël est une fête purement chrétienne et ça nous ramène un peu à des siècles d'antijudaïsme chrétien (même s'il y a toujours eu bien entendu des chrétiens admirables), ou bien Noël n'a plus aujourd'hui aucun sens autre que consumériste et sociologique, et ce n'est donc pas la peine de s'en soucier.

A.J.:  Et du point de vue de la halakha ?
J.A. :
Si vous m'interrogez sur ce que je pense par exemple des bûches de Hanouka, je vous dirais que ça ne me fait ni chaud ni froid. Je trouve juste ça ridicule. Il est regrettable que le commerce impose sa marque au vécu des familles, mais ce n'est pas strictement interdit. C'est à mon sens un peu comme demander à un DJ de se charger d'organiser l'ensemble de la Bar-Mitzvah de son fils ; ce n'est pas halakhiquement interdit mais on passe à côté d'une démarche authentique et personnelle. Quel dommage ! Le sapin de Noël par contre est plus problématique. Il n'y a pas de raison d'être effrayé dès que l'on voit un sapin, mais le sapin fait partie de ces pratiques des nations dont il faut s'éloigner car on en ignore l'origine, qui est peut-être liée à des très anciennes pratiques païennes.

A.J.: Que vous inspire les tentatives de gommer les différences qu'il y a entre Noël et Hanouka, de les fusionner dans la catégorie « fêtes des lumières » ?
J.A. :
Hanouka est la fête du refus de l'assimilation. Hanouka doit d'abord se vivre en famille, c'est une fête qui renforce les valeurs des familles. Ce n'est qu'en deuxième temps qu'elle est dirigée vers l'extérieur. L'allumage communautaire est d'ailleurs plus tardif ; dans le Talmud il n'en est pas fait mention. Aujourd'hui, sous prétexte d'universalisme, on voudrait que tout puisse se partager avec tout le monde. Mais c'est une illusion. Il existe des différences insurmontables entre les traditions religieuses, ce qui n'enlève rien au respect que les religions et les humains se doivent. D'autant que la France est un pays aux profondes racines chrétiennes et que je n'ai aucun problème à le reconnaître. Mélanger les fêtes de façon œcuménique, c'est peut-être sympathique, mais c'est le plus souvent le signe qu'on en reste à la dimension superficielle des choses, qu'on en oublie le sens profond. Pour terminer, je voudrais dire qu'il n'y a aucune raison d'avoir un rapport hystérique vis-à-vis des pratiques liées aux autres religions. Si un message fort est délivré avec sincérité dans les familles, ces choses-là glissent et restent insignifiantes. Soyons fiers de notre héritage.

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