Default profile photo

25 Avril 2017 | 29, Nisan 5777 | Mise à jour le 25/04/2017 à 16h17

Rubrique Culture/Télé

Jean-Pierre Mocky : « Des membres de ma famille sont morts dans les camps de concentration»

« Les Juifs m’ont permis de faire la plupart de mes films »

Son livre bat, dit-il, celui de Bébel au box-office. À 83 ans, le trublion du cinéma français n’a rien perdu de ses indignations et de sa truculente propension aux digressions.

Actualité Juive : Quel agenda surbooké,  entre tournages et recherche de financements…
Jean-Pierre Mocky :
On a besoin de financiers. Les grands producteurs juifs, grâce auxquels ma carrière a démarré, ont disparu.

A.J. : Ah, vous attaquez direct, sans laisser le temps d’une question préliminaire !
J.P.M. :
C’est Actualité Juive … Les Juifs m’ont permis, du début de ma carrière jusqu’en 2000, de faire la plupart de mes films. Après, ils sont morts ou ils ont arrêté leur activité. Je me suis retrouvé seul. Avec cette différence que les juifs d’aujourd’hui sont moins entreprenants que leurs aînés. Ils ont perdu le goût du risque. « Le drôle de paroissien » et « Le miraculé » sont des films produits par des Juifs. Il faut dire que les catholiques ne voulaient pas les produire ! Pareil pour « À mort l’arbitre ».

A.J.: Evoquer Mocky déclenche une pluie de qualificatifs que vous incarnez dans ce livre qui parle de vos films, de vos rencontres et de vos indignations : grande gueule, provocateur, et surtout électron libre…
J.P.M. :
Au départ, j’étais comédien mais la concurrence était rude. A 20 ans, j’ai décidé de faire un film moi-même. Des membres de ma famille étaient morts dans les camps de concentration, d’autres en étaient revenus dans un état psychique épouvantable. Le premier film dont j’ai eu l’idée était sur les hôpitaux psychiatriques que j’avais fréquentés en rendant visite à des cousins. (Ndlr « La Tête contre les murs », d’après le roman d’Hervé  Bazin). C’est finalement Georges Franju qui l’a réalisé. Le film s’est pété la gueule tout en recevant 15 prix. J’ai ensuite conçu mon premier film comme réalisateur, sur un sujet que je connaissais bien : les femmes (ndlr « Les dragueurs) : un triomphe.

A.J.: A la souffrance causée par le sentiment d’être isolé, voire parfois ignoré s’ajoute une face méconnue : celle d’un romantique qui regrette sa vie privée ratée…
J.P.M. :
C’est beau de pouvoir passer sa vie entière avec la même femme. Malheureusement, je n’ai pas eu cette chance. Mes ascendances juives m’ont tourné vers Anouk Aimée qui était une superbe juive. Mais je ne lui plaisais pas. Cela a été mon grand chagrin d’amour…

« Je suis un demi-juif  par mon père dont le nom est Mokiejewski, le jew signifiant bien-sûr juif. »

 A.J.: Sans la détailler plus avant, par égard pour la pudeur de nos lecteurs, il y a dans vos films une part sensuelle qui affleure dans les pages du livre.…
J.P.M :
L’époque voulait cela : l’existentialisme, l’émancipation des femmes, l’ère des surprises-parties… Tout cela encourageait les aventures libertines.

A.J. : Vous écrivez : « Mon père était tchétchène, ma mère polonaise. Moi, je suis niçois ». Et votre judéité ?
J.P.M. :
Je suis un demi-juif par mon père dont le nom est Mokiejewski, le jew signifiant bien-sûr juif. Mes parents ont quitté la Pologne et se sont installés à Nice en 1920. Ma mère, catholique, avait entamé une conversion, comme de nombreuses stars hollywoodiennes de l’époque. Malheureusement, elle n’est pas allée jusqu’au bout, pour des raisons que je n’ai jamais comprises.

A.J. : Comment êtes-vous passé de Mokiejewski, - nom repris par votre fille Olivia - à « Mocky », qui en anglais, dérivé du yiddish, signifie « peste », de même que l’hébreu dit « makkÇh » pour plaie ?
J.P.M. :
Quand j’ai ajouté le « c » à Moki, certains en ont déduit que c’était pour montrer que j’étais juif. Mais en anglais, c’est une insulte, ça veut dire « youpin ». Moi, je voulais un nom d’artiste facile à retenir et en cinq lettres, comme merde, pour que ça porte bonheur.

A.J. : À Nice, vous avez été élève d’un établissement juif…
J.P.M. :
Oui, après avoir des problèmes avec un curé dans un établissement catholique. Mon père a dit à ma mère « Tu vois, tu l’as mis dans un truc catholique. On va le mettre chez les Juifs ». Mais en 1939, il m’a envoyé chez un cousin à Oran pour me protéger des nazis.

A.J. : Votre œuvre est-elle connue en Israël ?
J.P.M. :
Curieusement, je ne suis pas reconnu mais j’ai vendu beaucoup de films en Israël. l

Jean-Pierre Mocky, « Mocky soit qui mal y pense » Cherche-Midi, 208 pages, 16,80euros.

Powered by Edreams Factory