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21 Février 2017 | 25, Shevat 5777 | Mise à jour le 21/02/2017 à 11h43

Chabbat Michpatim : 18h08 - 19h16

Rubrique France

Jean-Yves Camus : « Le populisme n’est pas un péché »

(Crédit DR)

Pour le directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès*, la victoire de Donald Trump n’aura pas nécessairement d’impact électoral en Europe.

Actualité Juive : Dans quelle mesure l’élection de Donald Trump peut-elle constituer un adjuvant électoral pour les partis populistes en Europe ?

Jean-Yves Camus : Il n’y a pas de caractère mécanique à ce que la victoire d’un candidat dans un pays entraîne un effet domino favorable à d’autres candidats, dans d’autres pays ayant un système politique différent de celui des Etats-Unis. Seul le système des grands électeurs a permis à Donald Trump de l’emporter haut la main, en voix, Hillary Clinton étant arrivée largement devant lui en voix exprimées. Or celui-ci n’existe nulle part ailleurs. Un signal autrement puissant pour les partis de droite radicale en Europe aurait été la victoire de Norbert Hofer en Autriche, le 4 décembre. Il s’agissait alors d’une élection présidentielle se déroulant au suffrage universel, nominal à deux tours, dans un pays de l’Union européenne.

L’élection de Trump a néanmoins envoyé psychologiquement un signal à l’Europe, quelques semaines après le « Brexit » : une portion importante des électeurs souhaite désormais non pas changer le système à la marge, mais changer de système. A la fois dans la rupture avec le politiquement correct et l’arrivée au pouvoir de personnalités jamais associées jusque-là à l’action du gouvernement. L’élection de Trump a notamment « boosté » le moral de tous ceux qui ont l’intention de voter pour le Front national. Sa victoire est la preuve qu’il est possible de renverser le système. Mais est-ce l’intention de Trump ? Je n’en suis pas sûr au regard de la composition de son administration. 


A.J.: A l’inverse, la victoire surprise de François Fillon à la primaire de la droite marque-t-elle un coup d’arrêt à la tentation populiste au sein de la droite française ? 

J.-Y. C. : Je pense qu’il y a un contresens sur le terme de populisme. Le populisme, c’est un style de gouvernement qui consiste en ce qu’un tribun ou un homme providentiel s’adresse directement au peuple, en passant par-dessus les corps intermédiaires et la représentation parlementaire, pour former un lien fusionnel avec ce dernier. Mais le populisme n’est pas un péché. Il faut trouver un équilibre entre le fait de considérer que le peuple a toujours raison ou à l’inverse toujours tort. On doit tenir compte de ce qu’il dit à un moment donné. Les élites ne sont pas dotées d’un pouvoir de droit divin, au nom de leur niveau d’études ou de leur degré de pouvoir économique. C’est toute la difficulté de l’exercice de la démocratie parlementaire. Pour répondre à votre question, Nicolas Sarkozy, par sa manière de s’exprimer au peuple, par sa valorisation de la parole des petits, par ses pics contre les élites, pouvait avoir effectivement des accents populistes. 


« Les élites ne sont pas dotées d’un pouvoir de droit divin »



A.J.: L’ancien Premier ministre est-il en mesure de ralentir la percée  de Marine Le Pen ? 

J. Y. C. : Pas nécessairement. François Fillon a un programme économique et social de droite. Dès la primaire, celui-ci a été ciblé par le Front national comme étant éminemment antisocial, portant préjudice aux intérêts de la classe ouvrière, des chômeurs, des retraités pauvres. Face à lui, Marine Le Pen serait la seule représentante des perdants de la globalisation et de la crise économique. Le FN va se présenter comme le parti du social contre le « parti de la bourgeoisie », de la droite classique. François Fillon peut certainement attirer à lui cette petite frange de gens de droite tentés par le FN sur des questions d’immigration et d’identité, mais qui, au fond, sont imprégnés par la foi catholique. Mais cela ne représente pas la masse des électeurs que le Front national vise. Son vivier électoral se trouve dans les catégories populaires et les classes moyennes. Le défi de François Fillon va être de réussir à drainer vers lui une partie de ces catégories. 


*Dernier livre (avec Nicolas Lebourg) : «Les extrêmes droites en Europe», Seuil, 2015, 320 pages

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