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17 Janvier 2017 | 19, Tevet 5777 | Mise à jour le 17/01/2017 à 19h30

Rubrique France

2 ans après l'Hyper Cacher, des questions en suspens

(DR)

Les attaques terroristes contre Charlie Hebdo (7 janvier 2015), à Montrouge (8 janvier 2015) et l’Hyper Cacher (9 janvier 2015) remontent maintenant à deux ans. Entre hommages sobres et polémiques, quelles leçons ont été tirées par les autorités pour protéger le territoire français ?

5 janvier 2017. Le gouvernement français (représenté notamment par le ministre de l’Intérieur Bruno le Roux) et la Maire de Paris, Anne Hidalgo, rendent de courts et discrets hommages aux victimes des attentats menés en janvier 2015. Ces commémorations sans prise de parole sur les lieux des attaques visent à montrer que l’Etat n’oublie pas ce qui s’est passé. Cette sobriété s’explique notamment par la période électorale actuelle : les autorités ne veulent pas qu’on puisse les accuser de récupération politicienne. 

C’est donc avec deux jours d’avance que les commémorations officielles ont été rendues. Une date qui s’explique par le souhait de la Mairie de Paris de rendre hommage à toutes les victimes des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly en une seule journée, ce qui n’était pas possible ensuite en raison du Chabbat ou des impératifs de bouclage de Charlie Hebdo.  Au-delà de la date, cette journée d’hommages est troublée par plusieurs polémiques. Tout d’abord, certains rescapés des attentats de l’Hyper Cacher ont fait savoir qu’ils se sentaient bien seuls aujourd’hui. C’est le cas de Zarie qui explique dans  « En vie. Paroles d’espoir de rescapés d’attentats » (Lucile Berland, Hugo Doc, 2017) qu’après avoir été bien aidée, elle est maintenant obligée se débrouiller seule : « Mais après, quand tout disparaît, on se dit : « Ça y est, ils ont déjà oublié… » Mais pas nous ! Nous, notre mal n’est pas parti ! On se réveille avec tous les matins et on se couche avec tous les soirs. » Ensuite, la mère de Clarissa Jean-Philippe (assassinée dans l’exercice de ses fonctions par Coulibaly) rappelle combien sa fille est une « victime oubliée » : l’hommage qui lui sera rendu à Montrouge se déroulera en l’absence du ministre de l’Intérieur…


Réhabilitation du mentor des frères Kouachi 

Enfin, l’Association française des Victimes du Terrorisme et l’association Onze Janvier (présidée par Mohamed Sifaoui) publient un communiqué pour dénoncer « la réhabilitation du mentor des frères Kouachi », Farid Benyettou, par la désormais très controversée Dounia Bouzar. On peut en effet s’interroger sur l’opportunité d’inviter à la télévision (par exemple, dans Salut les Terriens) cet homme qui, même s’il est présenté comme « repenti » et déradicalisé, n’en a pas moins eu un rôle de premier plan dans les attentats de janvier 2015. La période d’hommage aux victimes du terrorisme ne devrait pas offrir une telle visibilité  à un ancien proche des terroristes. 

Mais finalement la polémique la plus vive apparaît lorsqu’on se demande si les leçons des attentats de janvier 2015 ont bien été tirées par les autorités car, il faut bien l’écrire, pour l’instant, rien n’a fondamentalement changé dans la lutte contre le terrorisme. Il n’y a eu aucune reconfiguration des services en charge de la sécurité du territoire. Leur coordination – très défaillante – n’a pas été améliorée. Pourquoi n’existe-t-il toujours personne pour piloter la lutte contre le terrorisme (qui dépend donc de plusieurs instances : les ministères, la justice antiterroriste, les services de renseignement, l’armée et la police notamment) ? Il ne devrait pourtant pas être bien difficile de simplifier un tel système afin de le rendre plus efficace…. 

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