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17 Janvier 2017 | 19, Tevet 5777 | Mise à jour le 17/01/2017 à 19h30

Rubrique France

La conférence de Paris, dernier tour de piste diplomatique de François Hollande au Proche-Orient

Une deuxième version du « draft », révélée lundi soir par Haaretz, pose comme référence les frontières du 4 juin 1967. Ici, Jean-Marc Ayrault lors du lancement de l'initiative française le 3 juin 2016 (S. N)

Sept mois après le lancement de « l’initiative pour la paix au Proche-Orient », les diplomates de 70 Etats et organisations se retrouveront, le 15 janvier, dans la capitale française.

Probable ultime temps fort diplomatique du mandat de François Hollande dans le dossier israélo-palestinien, la Conférence internationale sur le Proche-Orient, le 15 janvier, aura également des airs de fin de règne pour l’administration Obama. Un temps annoncé en décembre, sa tenue cinq jours avant l’intronisation de Donald Trump à la Maison Blanche a pu en effet induire l’idée d’une urgence, alors que le président élu s’est montré davantage sensible aux arguments du gouvernement israélien. Une thèse rejetée par le Quai d’Orsay. « La date n’est pas liée à l’installation de Donald Trump mais à une question d’agenda » indique une source diplomatique française contactée par Actualité juive. « Nous souhaitions organiser cela à la fin de l’année dernière mais il était délicat de faire venir soixante-dix invités pendant la période des fêtes ».

L'ensemble des acteurs majeurs actifs sur cette question mesure néanmoins que l'iconoclaste républicain n'en fera pas fera pas une priorité. D'aucuns craignent - ou espèrent selon le point de vue - qu'il change radicalement le braquet de la diplomatie américaine et ignore les revendications de Ramallah. « Si Trump envisageait de remettre en cause le principe de la solution des deux Etats, il aurait une incitation à ne pas le faire avec cette conférence soutenue par soixante-dix Etats » note-t-on côté français. 



Plusieurs textes circulent

Dans les coulisses, les choses se sont accélérées depuis quelques jours. Vendredi 6 janvier, une réunion s’est tenue à Paris autour de Pierre Vimont, le représentant français en charge de l’initiative de paix. Une première ébauche du communiqué commun dont doit accoucher le sommet « condamne la politique de colonisation et d’expansion en Cisjordanie et à Jérusalem, la désignation des terres à l’usage exclusif des Israéliens et les blocages du développement palestinien […] qui érodent la viabilité des deux Etats » selon Le Monde. Le texte dénonce également « tous les actes de violence contre les civils, y compris les actes terroristes, de même que les provocations et les appels à la violence ». 

L’attentat terroriste à Jérusalem, le 8 janvier (4 morts), commis par un Palestinien originaire de l’explosive Jabel Mukaber (Jérusalem-Est), a souligné le caractère inflammable de la situation sur le terrain. Selon des membres du ministère israélien de la Défense, cités mardi par The Times of Israel, une recrudescence des attaques palestiniennes impliquant des jets de pierres a été constatée en Judée-Samarie depuis le vote de la résolution 2334 au Conseil de sécurité de l’ONU (CSONU), exigeant la « cessation immédiate » de la construction dans les implantations israéliennes au-delà de la ligne verte. 


« Mahmoud Abbas ne viendra pas »

Une deuxième version du « draft », révélée lundi soir par Haaretz, pose comme référence les frontières du 4 juin 1967, assurant ne reconnaître aucune autre modification que celle qui naîtrait d’un accord entre les deux parties sur la base d’un échange de territoires. « Le brouillon endosse l’article 3 de la résolution 2334 du CSONU sur la « sainteté » de la ligne verte, s’écartant ainsi de la [résolution] 242. « Vous ne combattez pas cela en étant absent » a tweeté, inquiet, Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à l’université de Tel-Aviv.

Benyamin Netanyahou a rejeté en décembre l’offre de François Hollande de rejoindre Paris à l’issue de la conférence. « Cette conférence est une imposture palestinienne sous les auspices de la France et destinées à prendre encore plus de positions anti-israéliennes » a fustigé jeudi Benyamin Netanyahou. « Cela fait reculer la paix, et nous ne serons pas liés » par les résultats, a-t-il ajouté. 

Si Mahmoud Abbas a laissé entrevoir la semaine dernière l’hypothèse d’un déplacement dans la capitale française, le Quai d’Orsay nie en bloc. « Mahmoud Abbas ne viendra pas car les deux parties n’ont pas été invitées ». Le gouvernement français a néanmoins ouvert légèrement la porte au président de l'AP. "On ne va pas refuser à Mahmoud Abbas s'il souhaite venir le fait de pouvoir venir » a déclaré le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Agriculture Sébastien Le Foll. « Je ne crois pas qu'il ait décliné l'invitation ». La veille, le consulat général de France à Jérusalem remettait au président de l'Autorité palestinienne, une invitation officielle de François Hollande à se rendre à Paris... après la Conférence.

Les leaders israélien et palestinien pourraient être appelés, par les participants à la Conférence de Paris, à renouveler publiquement leur soutien à la solution des deux Etats et à désavouer publiquement les membres de leurs gouvernements respectifs hostiles à cette solution. Une référence à Naftali Bennett, le chef du parti sioniste-religieux, Habayit Hayeoudi, et à plusieurs dirigeants de l'AP et du Fatah. 




Méfiance à Jérusalem

Depuis le 3 juin, les réunions se sont succédé pour mettre en oeuvre des « incitations » à la paix. Trois groupes de travail ont été mis en place, autour de trois domaines: « la société civile», l'organisation d'un forum autour de membres de la société civile israélienne et palestinienne étant envisagée pour les mois à venir;« les incitations économiques»; « la consolidation du futur Etat palestinien» sur le plan institutionnel. 

Les participants à la Conférence de Paris s’engageraient également à dissocier, de manière systématique, le territoire de l’Etat d’Israël des zones contrôlées par l’armée israélienne depuis la guerre des Six Jours. Un distinguo qui pourrait se traduire par un renforcement de l’étiquetage, voire du boycott des produits israéliens de Judée-Samarie à travers le monde. Citant le discours de John Kerry, le 28 décembre dernier, le communiqué provisoire n’adopte pas en l’état les six principes évoqués par  le secrétaire d’Etat américain pour trouver une issue au conflit. « Notre objectif n’est pas de proposer des paramètres ni un plan de paix » nous assure-t-on côté français. « Il appartient aux Israéliens et aux Palestiniens de négocier la paix. Ce que nous souhaitons, c’est affirmer l’attachement de la communauté internationale à l’existence de deux Etats vivant en paix et en sécurité ». 

A Jérusalem, la méfiance est de mise. Benyamin Netanyahou a indiqué, lors d’un conseil des ministres, le 8 janvier, mener un « très grand effort » pour empêcher que le communiqué de Paris ne soit endossé par l’Union européenne et le Quartet avant de donner lieu à une nouvelle résolution à l'ONU. Le conseil de Sécurité doit se réunir le mardi 17 janvier pour évoquer le conflit israélo-palestinien... 

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