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30 Mars 2017 | 3, Nisan 5777 | Mise à jour le 30/03/2017 à 14h45

Chabbat Vayikra : 20h02 - 21h10

Rubrique Communauté

« Un jour, un marchand de gâteau a proposé des pièces montées à ses clientes »: la fête des garçons expliquée par un sociologue tunisien

Une petite pièce montée... (Crédit: Euroglacons.com)

Pour Claude Sitbon, sociologue spécialiste du judaïsme tunisien, l’engouement autour de "séoudat yitro" est fascinant.

Plusieurs récits des origines existent autour de la fête des garçons. A quelle époque apparaît-elle pour la première fois en Tunisie ? 

Claude Sitbon : En préambule, je dirais que pour les Juifs Tunisiens, y compris ceux qui n’ont plus qu’un lien tenu avec leurs origines, le « roch « hodech el bnet » (la fête des filles), célébrée lors de l’allumage de la 6e bougie de Hannouka, et la fête des garçons ont été conservés avec une ferveur étonnante.

Ces célébrations ont une origine lointaine et assez complexe. Elles ne relèvent pas de la hala’ha mais d’une coutume très fortement ancrée chez les Juifs Tunisiens. La « Séoudat Yitro » (« le festin d’Yitro ») a toujours lieu entre le 15 et le 22 chevat. Ses origines supposées sont multiples. Mais il est impossible de distinguer la légende de la réalité des récits qui existent à son propos. Trois thèses coexistent. La première, qui apparaît la plus acceptable, rapporte cette fête à la récitation pour la première fois des Dix commandements, exposés dans la paracha d’Yitro, par les jeunes garçons au Talmud Torah. Deuxième thèse moins connue, mais tout aussi plausible : cela renverrait à l’holocauste présenté par le beau-père de Moïse, Yitro, et au repas servi en présence de Moïse et d’Aaron. Enfin, troisième explication possible, sur laquelle nous n’avons aucun témoignage, une épidémie se serait déclarée dans la première moitié du XIXe siècle en Tunisie, du nom de « croup ». Elle aurait fait des ravages chez les jeunes avant de s’interrompre, par miracle, lors du shabbat Yitro.


En Tunisie, existait-il une effervescence particulière ce jour-là au sein des familles juives, plus encore qu’aujourdh’ui ?

C. S. : La fête était très grande. Les mamans préparaient une petite dinette pour leurs garçons avec des touts petits plats. Les repas étaient servis dans une vaisselle miniature. Malgré l’interdiction du rabbinat, les Juifs en ont fait la fête du pigeon, symbole de l’enfant. Plus les rabbins insistaient sur cette interdiction, plus le prix du pigeon s’envolait. Aujourd’hui, de Marseille à Jérusalem, de Genève à Montréal, cette fête a été conservée. Ce qui me fascine dans ce phénomène, c’est l’ancrage de cette tradition, bien qu’on n’en connaisse pas vraiment l’origine. A cet égard, les Juifs tunisiens ne prononcent pas le matin de la « séoudat Yitro » les supplications (Ta’hanounim) lors de la prière du matin, avec l’aval des autorités rabbiniques.


Etait-elle également fêtée ailleurs en Maghreb ?

C. S. : On en a retrouvé trace à Constantine mais aussi en Asie centrale.

 

Sait-on comment la pièce montée s’est imposée comme le symbole culinaire cette fête ?

C. S. : Les commerçants décident souvent de ce genre de pratiques. Un marchand de gâteau a proposé un jour des pièces montées à ses clientes à cette période. La Tunisie connaît alors la colonisation, et la pièce montée est alors un des symboles de la pâtisserie française. Et cela s’est imposé.

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