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27 Février 2017 | 1er, Adar 5777 | Mise à jour le 24/02/2017 à 17h56

Chabbat Térouma : 18h19 - 19h26

Rubrique Judaïsme

Parachath Béchalah : Voir ou croire ?

(illustration de Gustave Doré)

La traversée de la mer, sept jours après la sortie d’Egypte, fut l’un des événements les plus emblématiques de la spiritualité d’Israël puisque le texte nous rapporte que la foi du peuple s’exprima à son plus haut niveau. Toutefois, à y voir de plus près, le verset qui nous décrit ce moment, bouscule une définition peut-être trop simpliste de la foi. Deux détails nous aideront à mieux comprendre ce qui est le fondement du judaïsme.

En pleine mer, un verset nous dit que « Israël vit la grande main que D.ieu avait déployée contre l’Egypte. Le peuple craignit D.ieu. Ils eurent la foi en D.ieu et en Moché Son serviteur ». (1). Globalement, nous sommes en présence de deux phénomènes spirituels : le début du verset évoque la vision de D.ieu alors que la fin met en valeur la foi. Notre première question sera simple : si l’on voit D.ieu, quel besoin, y a-t-il à la suite, de croire en Lui ? La vision suppose l’existence d’une réalité concrète. Dès que je vois cette réalité, je n’ai plus besoin d’y croire puisqu’elle s’impose à mes yeux ! La seconde question concerne les deux verbes employés : pourquoi, pour la vision, le verbe est-il au singulier alors que pour la foi, l’expression est au pluriel ? Pour comprendre cette différence, il nous faut, au préalable, expliquer ce que signifie « voir D.ieu ». 


La guerre des Six jours


La vision fait référence à une capacité humaine qui s’inscrit dans les limites du monde : je vois ce que le monde me présente dans une réalité palpable. De ce fait, voir D.ieu signifie constater visuellement un phénomène surnaturel qui prouve donc l’existence de D.ieu. Comme par exemple, la vision de colonnes d’eau qui se dressaient dans la mer. Ou bien encore, le constat visuel d’un miracle habillé dans des faits naturels. La guerre des Six jours en 1967 en est une illustration parfaite : malgré des ennemis bien plus élevés en nombre, Israël gagna la guerre. La main divine fut le secours d’Israël. C’est pourquoi, au sein de la mer, c’est le singulier qui est employé (Israël vit) : une réalité concrète est la même pour tout le monde quand chacun voit la même couleur ou la même forme. En revanche pour la foi pure, on peut admettre aisément que les degrés de la foi sont infinis et qu’ils sont différents d’un Juif à l’autre. C’est la raison pour laquelle le texte sera au pluriel (ils eurent la foi).  


Plus haut que l’Infini


A présent, on peut comprendre la différence entre la vision et la foi. Nous avions pensé au début de notre réflexion que la foi n’était plus nécessaire quand il y avait la vision (de D.ieu). En fait, c’est le contraire qui est vrai. Voir D.ieu est un niveau premier qui est une perception de la divinité dans le monde, donc dans un système limité. Chercher D.ieu dans un miracle est certes louable, mais quelque part, c’est enfermer le Créateur dans une définition humanisée. La foi authentique nous invite à dépasser ce cadre et à prendre conscience que D.ieu est au dessus des limites du monde, qu’Il n’est soumis à aucune définition, au point de dépasser la notion d’Infini. C’est à cette conscience que les enfants d’Israël accédèrent quand ils traversèrent la mer. 


Note

(1)  Béchala’h, chap. 14, verset 31

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