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27 Mars 2017 | 29, Adar 5777 | Mise à jour le 27/03/2017 à 11h02

Chabbat Vayikra : 20h02 - 21h10

Rubrique Judaïsme

Haïm Korsia : Pourim, une leçon à l’heure des élections

Le billet de Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, Membre de l'Institut.

La méguila d’Esther lue le jour de Pourim (14 Adar) retrace le miracle qui a permis de sauver le peuple juif du massacre planifié par Haman en Perse.

A Pourim, nous célébrons Esther et Mardochée qui ont contribué à sauver le peuple juif. Leur courage et leur détermination doivent inspirer nos actions d’aujourd’hui. Mais ils ne se sont pas contentés de sauver les Juifs; ils ont transformé la Perse et ses 127 provinces en leur redonnant une espérance.

Il nous faut à notre tour insuffler à la France, qui fait aujourd’hui face à la peur et à la violence, à la désespérance et à la nostalgie du passé, et parfois à l’enfermement religieux, nos rêves, nos aspirations et nos valeurs. Juste pour qu'elle reste fidèle à l’espérance de liberté, égalité, fraternité, qu’elle a toujours incarnée.

Pourim nous rappelle le rôle essentiel que doit jouer la communauté juive dans la construction de la Nation car cette histoire ne se déroule pas en Terre sainte mais en diaspora. Dans un pays qui appelait nos prières, comme nous le faisons aujourd'hui dans nos synagogues, et notre engagement, comme nous le faisons depuis toujours en France. La méguila d’Esther éclaire en cela notre réflexion et nos actions ; c’est là, la remarquable force d’entraînement de nos textes. Pour sauver la Perse tout entière, Mardochée a su trouver les ressorts essentiels à la survie de la communauté juive. 



« Pourim nous rappelle le rôle essentiel que doit jouer la communauté juive dans la construction de la Nation.»

Quand on se bat pour le bien de la communauté juive, on se bat aussi pour le bien de la société. On ne le fait pas au nom de D.ieu, qui n’est d’ailleurs pas cité une seule fois dans le rouleau d’Esther. Ne pas citer l’Eternel dans la méguila ne signifie pas qu’Il est absent, bien au contraire. Il nous appartient de Le découvrir derrière ce que l’on pourrait appeler une succession de hasards. Car D.ieu a conduit l’Histoire en plaçant ses espoirs en Esther et Mardochée, tous deux profondément ancrés dans leur foi. Mieux, lorsque Mardochée veut convaincre Esther de s'engager, il lui assure que l'Eternel peut faire advenir la délivrance par une autre voie si elle refuse. Elle s'engage ou elle est perdue.

L’acte de bravoure d’Esther fait ainsi parfaitement écho à la phrase de Manuel Valls, prononcée le 10 janvier 2015, quelques jours après les attentats à Charlie Hebdo et à l’Hypercasher : « Sans les Juifs de France, la France ne serait pas la France. Il s’agit donc de créer une dynamique d’entraînement, qui elle-même engendre un cercle vertueux. Ce n’est pas chose aisée, il faut bien l’admettre, mais le retour de la confiance est à ce prix, tout particulièrement à la veille d’échéances nationales qui dicteront le chemin de la Nation pour les cinq années à venir. Une campagne présidentielle est un temps de choix pour construire, non  pour diviser. A l’image de Moïse et de Mardochée, d'Esther et d'Abravanel, de tant et tant de grandes figures du judaïsme qui se sont investis dans la construction de leur pays, contribuez à créer une dynamique vertueuse, rendez-vous aux urnes ! Oui, il est fondamental de voter et de choisir en conscience. D’aucuns se sont âprement battus pour que nous ayons aujourd’hui la chance, mais aussi le devoir, d’en disposer ! Y renoncer, c’est refuser d’apporter sa petite pierre à l’édifice France.

Voter est sans aucun doute le premier des actes citoyens. C’est probablement l’une des plus belles façons d’exprimer son sentiment d’appartenance à la Nation, comme la volonté de participer à l'espérance de lui forger un destin ; un destin qui nous ressemble et nous rassemble.

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