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26 Avril 2017 | 30, Nisan 5777 | Mise à jour le 26/04/2017 à 17h57

Rubrique Culture/Télé

Patrick Braoudé : « J’ai choisi la comédie pour faire rire ma mère »

Arielle Dombasle, Michèle Bernier et Patrick Braoudé.

Il est sur scène dans Folle Amanda où il campe un ministre qui entend dissuader son ex de publier ses mémoires de peur qu’elle révèle ses casseroles… Ça ne vous rappellerait pas l’actualité ? Et clin d’œil à celui qui a endossé trois fois le costume de président. Trois heures après la dernière on connaîtra le nom du successeur de François Hollande.

Actualité Juive : Plusieurs membres de votre famille sont artistes. Serait-ce un gène familial ?

Patrick Braoudé : Oui, mais je ne l’ai su que tard et par hasard. J’avais écrit le scénario du film « Black Mic-Mac »dans lequel je devais jouer. Le producteur a voulu qu’un ami de Jacques Villeret, l’acteur principal, prenne ma place. Quand j’ai annoncé son nom -Daniel Russo-  à ma mère, elle m’a révélé qu’il était comme elle un Pinkwasser, l’un de mes cousins. J’ai alors rencontré sa sœur, Françoise Pinkwasser, qui, elle aussi, est actrice. 


A.J.: Et votre enfance ?

P. B. : Une enfance parisienne, protégée, dans une famille  laïque marquée par le souvenir de la Shoah. 65 membres de la famille avaient péri à Auschwitz. Mais on n’en parlait pas à cette époque et on ne prononçait jamais le mot Auschwitz. On disait Pitchipoï. Mais je savais. Ma famille se résume à un arrière-grand-père rabbin, un grand-père bolchévique et un père athée. 


A.J.: Pourquoi avoir choisi la comédie ?

P. B. : Je voulais faire rire ma mère, dépressive, marquée par la disparition de toute sa famille dans les camps. 


A.J.: Comment réalisez-vous ce devoir de la mémoire que vous qualifiez d’essentiel ?

P. B. : Je suis très actif sur les réseaux sociaux afin que la Shoah ne soit jamais oubliée. Ce sera le sujet de mon prochain film. L’histoire de ma génération qui a été élevée avec cette Shoah dans la tête et qui doit vivre avec.


A.J.: Qu’est-ce qu’être juif pour vous ?

P. B. : J’ai été laïc jusqu’à 30 ans. Je n’ai fait ni ma bar-mitsva ni respecté le Shabbat. Et je me sentais juif quand même. Etre juif, c’est au-delà de la religion. C’est descendre des Judéens, venir d’une Terre particulière, c’est une histoire, une culture. 


A.J.: Comment avez-vous décidé de devenir pratiquant à 30 ans ?

P. B. : En regardant les photos de mes grands-parents assassinés à Auschwitz. Je me suis rendu compte que je ne savais pas ce qu’était le judaïsme et je me suis dit que quelque part Hitler avait gagné. J’ai senti qu’il me manquait quelque chose et j’ai alors décidé que mon judaïsme ne se limiterait plus au folklore, au gefilte fish ou au foie haché.



« J’ai décidé que mon judaïsme ne se limiterait plus au folklore, au gefilte fish ou au foie haché ».


A.J.: Avez-vous déjà pensé alyah ?

P. B. : Je suis proche d’Israël mais j’aime la France, sa culture, ses paysages, sa langue. Pour l’instant je ne l’envisage pas en espérant que nous n’y seront pas un jour contraints. Il faut rester vigilant. Rappelons-nous que les optimistes ont fini à Auschwitz et les pessimistes, aux Etats-Unis. 


A.J.: Vous êtes réalisateur, producteur, acteur, mais aussi photographe. Que cherchez-vous à capter ?

P. B. : Des mouvements, des couleurs, je fais une sorte d’impressionnisme numérique.  Ma prochaine exposition aura lieu à partir de mai sur la jetée de Deauville.


A.J.: Vous dénoncez le fait que la culture ne soit pas suffisamment présente dans la campagne présidentielle. Qu’attendez-vous des candidats ?

P. B. : A ce qu’ils s’intéressent à la culture, c’est l’âme d’un peuple, d’un pays. Nous avons eu des présidents cultivés qui écrivaient des livres, aimaient le cinéma, le théâtre et la littérature. Dans une émission des enfants demandaient à Benoît Hamon de citer 3 pièces de Molière. Il n’a été capable de n’en citer que 2. Ce n’est pourtant pas beaucoup de connaître le titre de 3 pièces de Molière, non ? 


A.J.: Vous avez revêtu le costume de président dans 3 films. Dans Folle Amanda, vous êtes ministre. Le pouvoir vous attire donc tant que ça ?

P. B. : Non aucunement mais je dois avoir une gueule de président. D’ailleurs un passant m’a même demandé de lui trouver un appart après la diffusion de « La Dernière campagne »dans lequel j’incarnais François Hollande ! 


A.J.: Vous pourriez aisément tirer un film de la campagne présidentielle. Ce serait plutôt une comédie, un drame, une tragédie ?

P. B. : Une comédie. Mais n’oublions pas que la comédie découle toujours d’une  situation tragique. Et là je dois dire que nous vivons quelque chose d’hallucinant, du jamais vu, quelque chose de dramatique dont on peut rire mais aussi pleurer.


A.J.: Dites-nous pourquoi faut-il absolument aller voir Folle Amanda…

P. B. : Car la salle est morte de rire. C’est du Boulevard mais monté avec modernité et notre bonheur de jouer est sans doute contagieux car le public est heureux.


Spectacle « Folle Amanda» Du 4/04/2017 au 7/05/2017-Théâtre de Paris - 75009 Paris

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