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26 Avril 2017 | 30, Nisan 5777 | Mise à jour le 26/04/2017 à 17h57

Rubrique France

Franz-Olivier Giesbert : « Je pensais que cette vérité sur la présence juive en Palestine allait de soi »

(Crédit : C. Hélie, Gallimard)

C’est un Franz-Olivier Giesbert facétieux qui nous attend dans un merveilleux salon de la maison Gallimard pour nous parler de « Belle d’amour » (384 p., 21 euros), un voyage éclairé dans le XIIIe siècle des croisades. L’occasion de réfléchir sur la cohabitation des religions dans la France d’aujourd’hui et de pousser un coup de gueule contre les « idiots utiles de l’islamisme ».

Actualité Juive : Le narrateur, un spécialiste de l’islam médiéval, s’interroge sur les raisons qui ont installé Jérusalem au XIIIe siècle comme « la capitale de l’Occident, l’objet de toutes les pensées et de toutes les convoitises ». Ces facteurs sont-ils toujours opératoires ? 

Franz-Olivier Giesbert : L’obsession autour de Jérusalem reste toujours aussi vive. C’est pour cela que « Belle d’amour » est finalement un roman très contemporain. Jérusalem demeure au centre des pensées des juifs, des musulmans, des chrétiens. On se dit que, dans un futur improbable, de nouvelles croisades seront possibles, menées cette fois-ci par des « mahométans », comme on disait au XIIIe siècle. Mircea Eliade parlait du « mythe de l’éternel retour » ; l’avenir est toujours un passé qui recommence. On ressent ce même sentiment devant les discours invoquant Jérusalem. 


A.J.: L’oubli du caractère cyclique des affrontements entre l’islam et la chrétienté entraverait une analyse lucide de la crise contemporaine…

FOG : Absolument. Ce qui est troublant, c’est que, dans le même temps, l’Histoire est réécrite. Dans « Belle d’amour », j’écris que « la Palestine est une terre juive ». Les islamo-gauchistes y ont réagi très violemment. Ces idiots utiles de l’islamisme, souvent bien installés dans des médias comme Le Monde, développent l’idée que la Palestine a toujours été une terre arabe. L’ignorance ne cessant de faire des progrès, beaucoup de gens en France croient à cette thèse farfelue qu’infirment pourtant les historiens. Les Arabes palestiniens d’aujourd’hui sont les descendants des envahisseurs arabes ou de juifs qui se sont convertis à l’islam. Dire qu’ils ont toujours été là et qu’ils furent chassés par les Juifs est un mensonge, une contre-vérité historique. 

Je suis favorable à un Etat palestinien. Mais que l’on ait à ce point réécrit l’histoire, j’en suis effaré. Je pensais que cette vérité sur la présence juive en Palestine allait de soi. Depuis plusieurs semaines, des Juifs m’arrêtent sans cesse dans la rue pour me remercier d’avoir tenu ce discours sur France 2, chez Laurent Ruquier. C’est le symptôme d’un énorme malaise dans la communauté juive. 


A.J.: L’Union des patrons juifs de France vous a même récompensé pour cette « audace ».

FOG : Cela révèle aussi une sourde inquiétude. Il existe un antisémitisme rampant, un néo-négationnisme qui se développe et devant ces phénomènes un grand avachissement intellectuel. Lorsque j’ai entendu Vincent Peillon comparer le sort des musulmans en France à celui des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale, mon sang n’a fait qu’un tour. Comment oser comparer le Vel d’Hiv, l’étoile jaune, les trains à destination des camps de la mort, avec ce que vivent les musulmans aujourd’hui ? N’est-ce pas ignoble ? Et rares sont ceux qui ont réagi, comme je l’ai fait dans un éditorial dans Le Point, à cette déclaration. Ce qu’a dit M. Peillon correspond à la doxa qui voudrait banaliser l’histoire de la Shoah. Et la banalisation précède la négation.

  

A.J.: « C’est une vérité que ton époque essaie de noyer sous les carabistouilles mais elle fait mal », lance l’héroïne Tiphanie au narrateur. « Il y a de moins en moins de chrétiens en Orient et de plus en plus de musulmans en Occident ». La chape de plomb pèse-t-elle autant que cela sur ces débats en France ?

FOG : C’est quelque chose que vous n’avez pas le droit de dire aujourd’hui. Qui s’intéresse aux chrétiens d’Orient ? Les attentats contre les coptes en Egypte font l’objet de peu de couvertures dans la presse. Nous sommes dans le déni. Pourquoi faudrait-il laisser éradiquer les chrétiens d’Orient sans réagir, en s’en lavant les mains ? Ils disparaissent partout au Moyen-Orient. Si on brûlait des mosquées, des manifestations seraient organisées en France. Mais là, que se passe-t-il quand des églises explosent ? 


A.J.: La petite musique de scandales qui entoure la campagne présidentielle prive-t-elle le pays d’ouvrir le débat sur la progression de l’islam radical ?

FOG : Les « affaires » empêchent en effet ce débat mais cela arrange en même temps les Français qui n’ont pas envie d’ouvrir un dossier aussi sensible.



« Dire qu’ils ont toujours été là et qu’ils furent chassés par les juifs est un mensonge »


A.J.: François Fillon doit pourtant en partie sa victoire, à la primaire de la droite, à son discours sur le « totalitarisme islamique »…

FOG : Je ne suis pas sûr que la France soit prête pour ce débat. La priorité est de dire les choses, que ce travail se fasse par les politiques, les intellectuels, les médias. La parole est aujourd’hui confisquée par les islamo-gauchistes qui font régner une incroyable terreur intellectuelle sous prétexte qu’il ne faudrait pas stigmatiser, pour reprendre la terminologie habituelle du Monde. Ce n’est pas au Collectif contre l’islamophobie de définir ce que l’on a le droit de dire ou pas. 


A.J.: Le succès aux primaires de MM. Fillon et Hamon n’était-il pas l’occasion rêvée de voir s’affronter deux conceptions de la laïcité ? 

FOG : Benoît Hamon incarne à lui seul la désintégration de la pensée de gauche, ce que traduit sa dégringolade dans les sondages. Mais ce déclin ne se fait pas sur la base de son discours sur la laïcité, ou plus exactement contre la laïcité qu’il fait semblant de défendre. La France est encore dans l’évitement sur ces sujets. De toute évidence, cela finira par exploser.  


A.J.: Le livre s’achève sur les confessions d’un certain Léon Zimmermman qui quitte la France « par peur d’un attentat contre un musée, une synagogue ». Comment percevez-vous la tentation de l’Alyah? 

FOG : Je le ressens beaucoup autour de moi. Cela me navre. Mais je dis à mes interlocuteurs : « N’aie pas peur ! » « Il faut affirmer ses idées ! ». Rien n’est perdu. J’espère que cela ne passera pas à l’avenir par des épisodes de violence. Mais je suis convaincu que les Français finiront par trancher dans le bon sens. 

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